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Le Verger


Le Verger Patrimonial du Pays de Retz est un Verger 

  • Participatif et agro-écologique
  • Conçu en permaculture pour favoriser la biodiversité
  • Avec 150 arbres fruitiers de variétés anciennes toutes différentes, réparties en 13 espèces
  • Et 600 mètres de 320 arbustes format des haies fruitières multi-strates

Le verger est né d'une participation en 2023, au budget participation du département de Loire Atlantique, pour lequel le projet a été lauréat. Cela a permis à l'association de bénéficier d'une subvention de la part du département et de la mise à disposition du terrain par la mairie de Pornic.

Pour en savoir plus, voici l'histoire du Verger :

Le texte qui suit est écrit par Mathieu David, membre de notre conseil collégial et concepteur du Verger Patrimonial. Il parait dans le numéro 56 du semestriel « Fruitier et Patrimoine Vivant » dirigé par Evelyne Leterme.

Laissez-moi vous conter l’histoire d’un verger singulier, où les arbres fruitiers sont prétextes à nous reconnecter à un essentiel ; connaitre son territoire, son paysage, sa Nature, pour aller vers un avenir serein et harmonieux avec le vivant qui nous entoure. Durant ce voyage, vous verrez en quoi un verger, pensé au travers des lunettes de la permaculture, peut-il être une réponse aux enjeux alimentaires de notre époque.

Une aventure collective

Cette histoire commence à l’été 2023 quand un collectif Pornicais (44) se rassemble avec un projet fou : proposer la création d’un verger conservatoire au budget participatif du département de Loire-Atlantique. Cinq mois plus tard et grâce aux habitants du département, c’est avec une parcelle agricole mise à disposition par la Mairie de Pornic, une subvention de 50 000 euros et une toute jeune association créée pour l’occasion « Mémoire fruitière en Pays de Retz », que ce collectif lance la création du verger.

L’idée de départ est simple « Offrir à nos enfants les fruits de nos parents » ; c’est donc une histoire de passeur que vous découvrez là, bien déterminé à faire ce trait d’union entre l’héritage de nos aïeux et la nécessaire adaptation de nos pratiques agricoles à un monde en profonde évolution. Cela se concrétise encore plus lorsque les enfants des écoles communales sont venus planter leurs arbres ; un moment fort de sens.

Heureusement, nous ne sommes pas les premiers à entrer sur ce chemin. D’autres avant nous ont franchi le pas et nous permettent de nous inspirer. Nous sélectionnons des variétés anciennes d’arbres fruitiers adaptés à notre terroir auprès de « Mémoire fruitière des Pays de Vilaine », notre jumelle bretonne, mais aussi chez des pépiniéristes engagés dans la multiplication des variétés patrimoniales. L’enjeu est là, il s’agit de planter des arbres, mais pas n’importe comment, et c’est là où la permaculture entre en jeu.

Les enjeux d’un verger en permaculture

Planter un arbre, c’est facile, mais planter des arbres avec pour ambition qu’ils s’adaptent à un climat et un environnement qui changent, cela demande de se poser plusieurs questions. Comment assurer la ressource en eau ? Comment répondre à tous les besoins d’une grande diversité d’arbres (pêcher, abricotier, pommier, poirier, etc..) sur une faible surface ? Comment assurer une bonne pollinisation et la fertilité du sol ? La permaculture est une science du « Ici » et la conception est toujours contextuelle.

Notre terrain de jeu de 3 500 m² jouxte un tout nouveau quartier d’habitation sur la commune de Pornic. C’est une prairie permanente qui n’a plus été cultivée depuis au moins 15 ans, avec un sol limono-sableux profond d’au moins 1m20 : idéal pour planter des arbres fruitiers ! Bordé de tous les côtés par des haies bocagères (chênes, frênes, prunellier, ronce) sauf au sud, le terrain offre un dénivelé orienté vers le nord.

Plantons la pluie

Nous plantons un verger pour 50 ans minimum, et ces arbres verront donc l’an 2070 avec son lot de changements. Pour assurer la ressource en eau dans ce système, nous utilisons les outils de l’hydrologie régénérative avec pour objectif de garantir les besoins en eau de nos arbres. Pour cela, nous créons des mares ; 2 au total pour une capacité de 170 m3 dans la partie basse du terrain. Ces mares seront approvisionnées par un réseau de 6 baissières, pouvant stocker 135 m3 d’eau. Une baissière est un fossé sur courbe de niveau, et de ce fait, l’eau de ruissellement se retrouve captée par ces ouvrages, favorisant ainsi son infiltration dans le sol, luttant contre l’érosion et la fuite de cette ressource. Les baissières sont implantées en parallèle les unes aux autres à une distance moyenne de 7 m et formeront les futures lignes d’arbres, donnant au paysage du verger un aspect organique, intégré à la topographie du site. En totalité, ce sont 305 m3 de capacité de stockage d’eau, soit près de 20% des précipitations hivernales sur le terrain. En ajoutant la réserve utile du sol (sur 60 cm), ce sont 325 m3 supplémentaires que le terrain capte en eau, soit près de la moitié des pluies de novembre à mars.

La réalisation de la baissière permet la formation d’un talus en aval sur lequel nous avons planté les arbres fruitiers. La synergie recherchée entre l’arbre et la baissière est simple puisque l’eau captée durant l’hiver s’infiltre progressivement au printemps dans le talus, offrant aux arbres un apport constant et mesuré, jusqu’à juillet, et une humidité relative plus importante durant l’été. C’est une pousse végétative plus rapide et une garantie pour une vie du sol plus abondante et donc plus de minéralisation pour l’approvisionnement des arbres en oligo-éléments.

Jouons avec les microclimats

La deuxième grande dimension du design de ce verger a été la gestion des microclimats, actuels, mais aussi à venir une fois les arbres adultes. Nous voulions le maximum de diversité spécifique dans le verger. Or les besoins en chaleur, lumière et surtout d’hors gel varient beaucoup entre les espèces et entre les variétés. Toute l’astuce du design a été de jouer avec la pente naturelle du terrain et le port final des arbres. Naturellement, le terrain offrait une poche de gel probable en avril-mai dans sa partie basse, accentuée parla haie qui vient bloquer la masse d’air froide. De ce fait, la moitié basse de la prairie a été plantée uniquement de variétés fleurissant à la mi-mai au plus tôt.

Sur la partie haute du terrain, exposée plein sud, nous avions naturellement un piège à chaleur que la plantation de notre verger viendra accentuer avec des arbres ponctuellement conduits en demi-tige. Avec une disposition judicieuse de ces demi-tiges, nous formons un espace en demi-cercle uniquement constitué d’arbres en quart de tige sur la partie sud du verger. Ici, nous avons concentré les abricotiers, les pêchers et les pruniers du verger, qui bénéficieront d’une poche de chaleur plus à même de faire murir leurs fruits.

Sur le reste de la partie haute, ce sont toutes des variétés avec une floraison de courant mars et avril, limitant ainsi le risque de gelée tardive pouvant survenir jusqu’à mi-avril sur notre façade atlantique.

La Nature nous aide

Le dernier point important du design permet les services écosystémiques sur la parcelle, au bénéfice de la pollinisation, de la fertilité et de la protection des fruitiers. L’élément central de cette démarche est la haie sous-arbustive qui vient compléter toutes les lignes d’arbres, composée à 33% d’espèces fixatrices d’azote (Goumi du Japon, Argousier, Eleagnus, Genet, Caraganier). Ces haies intercalaires permettent de fournir de la biomasse et de l’azote sous forme d’exsudat racinaire grâce à une taille régulière. Leur présence engendrera la création de plusieurs niches écologiques, indispensables à la venue d’oiseaux et insectes faisant ainsi de la biodiversité une alliée précieuse du verger. Outre la capacité à polliniser les fleurs grâce à certains insectes, toutes cette faune viendra réguler les potentiels ravageurs de nos fruitiers.

Conclusion

Nous sommes au balbutiement de cette histoire et l’avenir nous dira si notre design est juste.

Il nous reste encore plusieurs éléments à venir compléter, comme la plantation de fruitiers sauvages dans les haies existantes, apportant ainsi de la diversité génétique.

De même que nous avons prévu un petit espace pépinière pour multiplier nos variétés à terme. Une chose est certaine, nous avons installé ici un petit agro-système fruitier qui n’attend plus que la Nature vienne s’en emparer, car la meilleure permacultrice en la matière, c’est elle.